Je ne sais pas pourquoi mais le premier nom qui me vient à l’esprit est celui de Yann, Yann Odacre. De tous les garçons, c’est lui dont le profil est le plus proche de celui d’un violeur. Je sais que cela peut sembler horrible dit comme cela, mais très franchement je ne vois que Yann comme suspect possible. Pourquoi ? C’est une bonne question, et je vous remercie de me l’avoir posée dirait un certain de Gaulle. Yann n’a jamais été très populaire au collège. Quand je dis populaire, j’entends avec les filles. C’était le petit con de la classe qui faisait rire tout le monde avec ses conneries mais qui n’était jamais invité chez les uns ou les autres, encore moins dans les booms. Autant vous le dire tout de suite, avec les filles il n’avait aucun succès. Il faut avouer qu’avec son mètre quarante il était plus proche de l’enfant que de l’adolescent pubère. Alors que nous étions tous en train de devenir des hommes, lui avait toujours une apparence enfantine comme si la puberté l’avait oublié. Et c’était flagrant dans les douches après nos heures de sport ; Yann semblait un gamin parmi nous. Alors que la puberté était plus ou moins avancée chez nous, lui n’arborait que quelques poils discrets autour de son sexe qui, en lui-même, n’avait pas eu le temps de se développer et dont la petite taille était un fréquent sujet de moqueries. Je pense qu’il a dû en souffrir énormément. Non seulement nos plaisanteries étaient cruelles mais il devait être sacrément inquiet de nous voir tous changer physiquement, et lui toujours rien. Autant vous le dire, sa réputation auprès des filles était faite. Elles savaient par nous les moindres détails de son anatomie. Son surnom dans la classe n’était-il pas « P’tite bite » ? Il devait être sacrément frustré de ne pas pouvoir sortir avec des filles. Même si physiquement il était un peu en retard, ses hormones devaient commencer à bouillir, et il montrait un intérêt certain pour les filles, même si celles-ci ne montraient guère d’intérêt pour lui, pour ne pas dire aucun. Cela aurait été la honte pour elles de sortir avec un puceau ! Si elles savaient… Que de frustrations de se sentir ainsi rejeté et moqué ! Aurait-il pris de force ce qu’il n’arrivait pas à obtenir ? C’est tout à fait possible. Mais comment savoir ? Comment être sûr ?
Je ne me souviens pas avoir fréquenté Yann en dehors du collège, il n’était jamais invité chez nous. Il était fréquent que nous nous réunissions après les cours chez les uns ou les autres, tout particulièrement si les cours se terminaient en début d’après-midi, ce qui permettait de se retrouver seuls, sans parents, à huit ou neuf dans un appartement. Pour faire quoi ? En vérité, pas grand-chose, regarder la télé ou des cassettes, jouer à des jeux vidéo, ou bien si nous nous retrouvions exclusivement entre garçons il nous arrivait fréquemment d’organiser des après-midi branlettes, l’un d’entre nous enregistrait le film x du samedi soir de Canal – en douce bien entendu – et nous le mations ensemble en nous masturbant. Je me demande ce qui nous excitait le plus, regarder le film ou bien jeter des coups d’œil furtifs sur la bite de nos petits camarades. Lorsque des filles étaient présentes, nous redevenions subitement tous très sage, en contradiction totale avec les propos que nous avions l’habitude de tenir entre mecs. Tout juste quelques bisous ou quelques mains au cul, mais rarement plus. Nous étions finalement très sages, et timides. Mais nous n’avions que quatorze ou quinze ans ! Du sexe il y en a eu, parfois, mais cela se passait dans l’intimité des couples éphémères. Il était difficile de se faire une idée fiable de ce qui se passait réellement parmi ceux-ci, l’usage à cet âge-là étant de ne jamais raconter les faits tels qu’ils sont mais plutôt d’exagérer, de rajouter des détails flatteurs, salaces et surtout faux, de se vanter de tout et de n’importe quoi, spécialement lorsque cela touche le sexe, bref nous n’étions sûrs de rien quant aux pseudos exploits sexuels de nos congénères, à quelques exceptions prêtes, deux pour être exact qui ont marquées à jamais notre entrée dans la vie sexuelle. Avec le recul, c’était plutôt gonflé pour des gamins tout justes pubères. Mais là je m’éloigne du sujet, Yann n’ayant jamais fait partie de ces petites sauteries. Ce n’est pas que nous ne l’apprécions pas, non, on ne peut pas dire cela. En fait, en classe, il était un garçon plutôt populaire, toujours prêt à nous faire rire par quelques pitreries. Il ne tenait jamais en place ! Il avait besoin sans cesse de se faire remarquer, d’être le centre du monde. Il était très souvent insolent avec les professeurs, pour notre plus grand bonheur. Quoi qu’ils disent, Yann avait toujours son mot à dire, il était toujours en train de remettre en question ce qu’ils affirmaient pour leur plus grand agacement et surtout pour notre plus grand bonheur. Je me souviens de professeurs excédés par un Yann en représentation permanente devant une classe toujours hilare, et avec le recul je leur tire mon chapeau de ne pas avoir sombré dans la folie tant ses provocations étaient nombreuse, et toujours efficaces. Yann était en quelque sorte notre héros, celui qui poussait à bout nos maîtres à penser, celui qui retardait invariablement pour notre plus grand plaisir le déroulement des cours, celui qui assurait le spectacle lors de ces longues journées monotones. Et il en a payé le prix, je ne compte plus le nombre d’heures de retenues, d’exclusions et d’avertissements de conduites. Le plus curieux c’est qu’il était malgré tout bon élève, pas dans les premiers de la classe mais il se débrouillait plutôt pas mal, ce qui faisait d’autant plus enrager nos professeurs. Paradoxalement, si en classe on le pouvait le qualifier de populaire, il était totalement exclus de toute vie sociale en dehors du collège. Le fait qu’il avait encore l’apparence physique d’un enfant nous faisait le rejeter, nous voulions rester « entre hommes ». Il en était de même pour les filles, laquelle d’entre-elle aurait voulu fréquenter un nain de jardin ? Notre vie à tous tournait autour du flirt et de la séduction, et lui en était impitoyablement exclus. Non seulement la puberté ne l’avait pas encore atteint, mais Dame Nature n’avait pas vraiment été généreuse avec lui. Pour être franc, il était très moche, limite repoussant, petit, maigrichon, je crois même me souvenir qu’il zozotait légèrement.
Je dois dire que ce qu’il est devenu n’est guère plus réjouissant. À vingt-six ans il est obèse, il doit peser autour des cent trente kilos pour un mètre soixante. Autant dire qu’il est plus large que haut, et franchement toujours très laid. Dois-je préciser qu’il a également une calvitie bien avancée et une haleine de chacal ? Il est étudiant en histoire à Paris – il prépare un Master – tout en étant pion dans un collège à Saint Denis. D’après ce que j’ai pu comprendre, il vit toujours chez ses parents à Montrouge. En ce qui concerne sa vie sentimentale – c’est un grand mot –, il est sans surprise célibataire, et cela depuis très longtemps, pour ne pas dire toujours. C’est du moins ce qu’il a laissé entendre lors de mes quelques timides questions. Vu son physique, ce n’est clairement pas le type de mec qui emballe. Comme à l’époque…
Je me souviens parfaitement de ses colères légendaires au collège ; elles étaient impressionnantes, pour ne pas dire terrifiantes. Pour tout dire, elles étaient extrêmement violentes. Nos professeurs avaient beaucoup de mal à le contenir. Il partait au quart de tour, comme on dit familièrement. Pour rien. Pour un détail insignifiant. Ridicule. Il s’énervait. Devenait incontrôlable. Une vraie furie. Je crois qu’il faisait peur à tous, un peu comme un chat acculé prêt à tout pour s’en sortir. C’était quelqu’un de très instable. Avec le recul, je me rends compte qu’il devait se sentir très mal dans sa peau, qu’il devait être très peu confiant en lui-même. C’était quelqu’un incapable de se contrôler. Ou plus exactement de contrôler ses émotions. Quelles qu’elles soient. Colère. Peur. Frustration. Où désir. Imaginons que Yann soit tombé amoureux de Sabrina. Follement amoureux. Amoureux à un point où il en rêvait jour et nuit. Plus la nuit d’ailleurs si on veut rester logique. Imaginons également qu’il ait déclaré sa flamme à Sylvie. Et qu’elle l’ait éconduit. Pire. Qu’elle ait éclaté de rire lors de sa déclaration. Peut-être s’est-elle moquée de lui. Imaginons l’effet sur notre amoureux transit. C’est comme tomber en chute libre du cinquante-sixième étage de la tour Montparnasse. Sans parachute, dois-je le préciser. Ou encore se prendre de plein fouet le TGV Lyon – Paris lancé à sa vitesse maximum. Le choc a dû être terrible. Violent. Destructeur. L’humiliation. La déception. Les hormones grouillant toujours dans ses entrailles. Le désir toujours là malgré le rejet, prêt depuis des semaines, caché, gardé secret, bridé, mais présent malgré tout. Un désir psychologique mais également physique, prêt, toujours prêt, incontrôlable, un désir qui se déclenche tout seul à la seule pensée de Sylvie, comme un réflexe stupide, incontrôlable par un cerveau humain paradoxalement extrêmement complexe tout en restant étonnamment primitif, un réflexe à la Pavlov, stupide, puissant, aliénant, renforcé au cour de ces nombreuses masturbations dont l’unique excitation étaient une Sylvie fantasmée, sublimée. Et nous retrouvons là nos deux protagonistes, face à face, un après-midi d’été, ou bien d’hiver, peut-être était-ce un matin, peu-importe, Yann et Sylvie se retrouvent seuls à seuls, en tête à tête, Yann attends ce moment depuis des jours, probablement des mois, peut-être même des années. Il veut lui faire sa déclaration. Il a eu le temps de la préparer, de se la réciter, encore, et encore. Jamais il n’a osé lui faire faire part de ses sentiments. C’est le moment. L’instant ou jamais. Il est face à elle. Il tremble d’émotion. Et d’excitation. Excitation visible si Sylvie jette un coup d’œil au niveau de sa braguette. Yann se lance. La complimente. Se jette à l’eau et se déclare. Il en est certain, elle va se jeter dans ses bras. Il ne peut en être autrement. Il en est convaincu. Cela fait des mois qu’il attend ce moment. Il attend sa réponse, le sourire au coin des lèvres. Sourire qui va très rapidement retomber. Violement retomber devrais-je dire. À la place du baiser tant espéré, il a droit à un éclat de rire moqueur, humiliant, blessant. Elle se moque de lui. Comment a-t-il pu espérer, un seul instant, qu’elle, Elle, puisse sortir avec un naze comme lui, une tronche de cake pareille ? Elle rit, aux éclats, un rire sans fin. Lui, humilié, bande toujours. Cela fait des mois qu’il attend ce moment. Son Surmoi est parfaitement conscient qu’elle le rejette, qu’elle ne veut pas de lui, mais en son Ça, ses instincts les plus primaires pris au piège dans son inconscient complexe et torturé sont plus puissants. En un instant, ses hormones lui font oublier toutes les règles de bienséances, toutes les notions de bien et de mal, il se jette sur elle, lui plaque une main sur la bouche, de l’autre lui relève sa jupe et lui baisse sa culotte, il déboutonne sa braguette, et commet l’irréparable. Un irréparable qui coutera la vie à Sylvie des années plus tard, plus exactement un certain dimanche vingt-cinq mai, après des années de souffrances, d’errances.
Voilà comment je vois les événements. Ce n’est que pure spéculation, je vous l’accorde. Mais reconnaissez que cela colle plutôt bien. Un individu frustré physiquement, émotionnellement et socialement, incapable de contrôler ses émotions. Je ne vois que lui. Et le scénario me semble très plausible. Pour moi c’est le suspect numéro un. Qui d’autre aurait pu commettre cette saloperie ? Nous ne sommes pas beaucoup de garçons présents. Le tour va être vite fait.
|
|
|||
|
|
|||
|
C'est idiot mais j'ai accroché depuis le début et ai été excité par le trio sexuel.
depuis, tu me tiens ;)))