Si vous avez manqué l'épisode précédent, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.
Il y a des matins qui commencent bien. Comme celui d’aujourd’hui. Nous nous sommes tous levés vers dix heures, puis nous nous sommes retrouvés au bord de la piscine pour un petit déjeuner simple mais convivial. Le temps est agréable ce lundi matin : doux et ensoleillé. Nous parlons de choses et d’autres, sans importances. Nous rions aussi. Beaucoup. La soirée d’hier est un bon sujet. Que ce soit dans le bar ou dans la piscine, nous avons de bons souvenirs à partager. Tout le monde a-t-il été sage cette nuit ? Des couples se sont-ils retrouvés une fois chacun couché ? Nous nous taquinons mutuellement à ce sujet. Nous nous regardons tous, tour à tour, d’un air suspicieux. Bien que nous ayons tous juré avoir été sage, nous ne pouvons que nous amuser à imager ceux qui pourraient être les auteurs d’ébats non pas illégitimes mais cachés. Tout le monde y passe. A notre plus grand amusement. Même Isabelle et Jérôme, les deux coincés d’hier soir, s’y mettent. Nous rions de bon matin. Et de bon cœur. Que c’est agréable !
Et puis le silence. Nous sommes tous silencieux. Immobiles. Fixant Yann. Il tient dans sa main la bouteille vide de gin, celle qui était dans la piscine hier soir et que j’avais négligemment jeté par-dessus bord. En se levant, Yann a buté dedans. En la ramassant pour la jeter, quelque chose a attiré son attention. Dans la bouteille, un bout de papier roulé que je n’avais pas remarqué dans l’obscurité d’hier soir. Dans sa main tremblante, il tient ce qui ressemble à une page d’annuaire déchirée. Il a lu ce qui était inscrit. Nous sommes tous suspendus à ses lèvres. Nous voulons savoir. C’est quelque chose de très sérieux, j’en suis sûr. Yann a l’air bouleversé. Il est blême. Il vacille. Aucun son ne sort de sa bouche. Il se contente de me tendre le papier jaune chiffonné où est inscrit au feutre noir les mots terribles suivants : « Je suis désolé de vous quitter ainsi, de vous causer autant d’ennuis, mais revoir cette ordure après tout ce temps m’est insupportable. Je pensais avoir la force de l’affronter enfin, afin de régler mes comptes, après toutes ces années. Mais c’est trop dur. Tous les souffrances, les angoisses que j’avais essayé depuis dix ans de refouler sont ressurgies décuplées à l’instant même où nous nous sommes revus. Tu as fait comme si de rien n’était. Tu n’as même pas eu la décence de d’excuser ou même d’exprimer des regrets. Je voulais te faire comprendre combien toutes ces années n’ont été que souffrances. Je voulais que tous les autres sachent qui tu es vraiment, toi qui m’as violée lorsque nous étions au collège. Tu vois, je n’en ai jamais parlé à personne. J’ai toujours été trop faible pour cela. Mais maintenant je te renvoie l’ascenseur. Tu vas avoir ma mort sur la conscience. Oui, c’est à cause de toi si je me suicide aujourd’hui. Ce que tu as fait il y a dix ans a détruit ma vie. Va en enfer ! Pour les autres, je suis encore désolée pour tous les tracas que ça va vous causer. Je vous aime tous. Sylvie ». C’est à mon tour d’être sonné. J’ai peur de ne pas bien comprendre. Je relis une deuxième fois l’écriture appliquée de Sylvie. Je ne peux pas y croire. Le papier passe de main en main, et à chaque fois c’est le même sentiment de choc qui transparaît sur les visages. En un instant, tout s’écroule. L’ambiance amicale de tout à l’heure n’est plus. Il y a parmi nous un traître, un salaud qu’il va falloir rapidement démasquer. Déjà les regards ont changé. Chaque mâle devient maintenant un suspect. C’est terrible d’imaginer qu’il y a un violeur ici. Qui cela peut-il bien être ? Salim, Momo, Yann, Jérôme ou Sacha ? Je ne peux pas croire que l’un d’entre eux soit le coupable. Les filles sont encore plus choquées. Comment peuvent-elles se sentir en sécurité alors qu’un violeur circule, en liberté, sous le même toit ?
Nous sommes tous consternés. Il faut tirer cette histoire au clair très rapidement. Si Sylvie allait mieux, elle pourrait nous donner le nom de son agresseur. Malheureusement son état ce matin était stationnaire. Elle est toujours dans le coma. Mais qui a donc violé Sylvie ? Les filles nous ont tour à tour posé La Question. Est-ce toi qui a violé Sylvie ? Et chacun d’entre nous a répondu par la négative. Il y a un gros froid entre nous tous. Je peux maintenant ressentir très nettement un sentiment de paranoïa. Nous nous soupçonnons tous les uns les autres. Sauf Salim en qui j’ai une confiance absolue. Et je pense qu’elle est réciproque. Je l’espère. Le petit groupe s’est éclaté. Les filles sont réunies ensemble dans la chambre d’Amandine et Sabrina. Sabrina. J’espère simplement que tu ne penses pas que je pourrais être le violeur. Les autres garçons sont éparpillés un peu partout. Sonnés. Paranos. Salim et moi-même sommes dans notre chambre, allongés sur notre lit, essayant, par éliminations, de démasquer le coupable.
Qui a violé Sylvie ?
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