Ce n’est pas vrai ! Ils sont tous là, tous. Ces cons sont en train de siffler. On peut dire que je suis repéré. Et elle est là, au premier rang, tout sourire. Elle n'a pas changée. Elle est toujours aussi belle. Elle est craquante dans cette petite robe d'été orange. Elle met en valeur sa superbe chevelure brune ainsi que sa peau légèrement halée. Et quel décolleté, putain, je ne me souvenais pas d'une poitrine aussi imposante.
– Bonjour Sabrina
– Salut Olivier, tu es toujours aussi beau, tu n’as pas changé.
– Merci, je te retourne le compliment, tu es splendide.
– C'est gentil, c'est grâce à la chirurgie.
Je connais cette voix, c'est celle de Yann. Lui, on peut dire qu'il a changé. Je me souviens très bien de lui à l'école. Petit, maigrelet, je dois avouer que la puberté ne l'a pas arrangé. Il est toujours petit, ça oui. Un mètre soixante à tout casser. Mais on a du mal à imaginer que l'hippopotame devant moi pesait trente kilos tout habillé à quinze ans. Quel poids peut-il faire ? Cent trente, cent cinquante kilos ? Et toutes ces pustules sur sa tronche... Quelle horreur ! Je dois absolument surmonter mon dégoût, esquisser un sourire.
– Elle fait des miracles, à ce que je vois. Comment vas-tu Yann ?
– Très bien, tu ne me dis pas que je n'ai pas changé ?
– Je ne voudrais pas rendre jalouse Sabrina. Merci pour l'invitation. C'est cool d'avoir organisé cette petite sauterie, c'est très sympa de ta part.
Pendant qu'il me raconte je ne sais quoi sur ce qui lui a donné l'idée de cette réunion, je salue le reste de cette petite assemblée. Amandine, Momo, Sacha, Sylvie – elle a une salle tête celle là –, Jérôme, et enfin, un peu en retrait, un petit sourire aux lèvres, comme retenu, Salim. Tu n’as pas changé Salim, toujours aussi sexy. Je ne sais pas trop comment me comporter. Que dois-je faire, lui serrer la main ? Heureusement il vole à mon secours en me prenant affectueusement dans ses bras et en me faisant deux grosses bises, que je trouve très tendres, il me murmure à l'oreille: « Content de te revoir beau gosse ! ». Je prends quelques secondes pour le regarder. Avec son mètre quatre vingt, sa gueule d'ange, sa peau mate, sa petite boucle à l'oreille droite, son piercing à l'arcade sourcilière, c'est vrai qu'il est mignon. Très mignon même. Ce n'est en tout cas pas le cas de Sylvie. Je ne sais pas ce qu'il lui arrive, mais ce n'est pas la grande forme. Si je me souviens bien, elle était toujours très élégante au collège, toujours bien habillée, bien coiffée, bien maquillée, elle prenait beaucoup soin d'elle, quoi. Et là, quel contraste ! Elle semble complètement défaite. Elle est mal coiffée – il est d'ailleurs grand temps qu'elle refasse ses racines –, pas maquillée, elle est habillée comme l'as de pique – un jean informe et dégueulasse avec un sweat-shirt dix fois trop grand pour elle –, et elle tire une gueule ! C'est bien simple, on dirait qu'elle rentre d'un enterrement.
– ... hier Olivier.
– Pardon ?
– Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Pourquoi tu n’as pas pu venir hier comme nous tous ?
– Yann ne vous a rien dit ?
– Non, il n'a rien voulu nous dire. On sait juste que tu as eu un empêchement de dernière minute.
– Et bien, en fait, mon avion était surbooké, je n'ai pas pu partir.
– Ton avion ? Tu habites où ?
– Yann, t’aurais pu leur dire. J'habite Montréal, je suis Agent de bord sur Air Canada – Stewart si vous préférez – et comme je ne paye pas l'avion, je ne pars que si le vol n'est pas complet.
– Et est-ce qu'il y a une Madame Valentin restée à Montréal ?
La question viens de Momo, mais en croisant certains regards, je comprends que la réponse que je vais donner intéresse certains plus que d'autres.
– La réponse est oui, il y a bien une Madame Valentin...
Je jette un regard dans la direction de Salim. Il semble interloqué. Ou peut-être déçu. Sabrina elle aussi semble étonnée.
– ... à Paris, ma mère, et c'est la seule Madame Valentin, parce que je suis célibataire.
– Toi tu ne perds rien pour attendre.
Cela n'a pas l'air de faire rire Salim.
– A mon tour de poser des questions. Qui s'est marié ?
– Olive, ce serait plus sympa autour d'un verre à la maison.
– OK, on y go. C'est loin ?
– Un petit quart d'heure à pieds, pas plus.
J'ai eu le temps de voir se lever une main timide. Incroyable ! Sabrina est mariée !
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