Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 11:33

Pourquoi ais-je tout d’un coup cette sensation opprimante d’être prisonnier de cet endroit, comme pris au piège ?





Si vous avez manqué la partie précédente, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.




Quelle heure peut-il être ? Ma montre est toujours sur la table de chevet. Depuis cette nuit. Je suis seul. Salim n’est plus à mes côtés. Deux heures quarante. J’ai fait un bon petit somme. Je vais me raser, prendre une douche, puis descendre rejoindre les autres. Je les entends discuter en bas. Une bonne douche bien chaude, voilà ce dont  j’ai besoin.

 

Ils sont tous là, assis dans le salon. Ils me regardent, puis éclatent de rire. L’ambiance à l’air plus détendue.

 

  Vous avez des nouvelles de Sylvie ?

 

Les sourires retombent aussitôt. Je viens de casser quelque chose, des moments précieux où l’espace d’un instant ils avaient oublié cette pénible réalité.

 

 Rien de neuf, il n’y a pas vraiment d’amélioration. Yann a appelé ses parents, ils n’étaient pas là, il a laissé un message sur leur répondeur en leur demandant de le rappeler sur son portable. Il n’a pas osé leur dire ce qui s’était passé sur le répondeur.

  Il a bien fait. Il va falloir les mettre au courant doucement. Ça va leur faire un choc !

 

Et quel choc… je n’ose imaginer leur état lorsqu’ils sauront. Heureusement, et c’est très égoïste de ma part, je n’aurai pas à leur parler. Je pense que j’aurais beaucoup de mal à accepter, ou plutôt supporter les cris de douleur d’une mère submergée par le chagrin, la peur et l’angoisse. Mais comment vont-ils réagir lorsqu’ils apprendront que leur fille, leur fille unique, est dans un état critique à l’hôpital. C’est intéressant de voir comme chacun d’entre nous répond de manière totalement différente aux aléas de la vie. Il y a tellement de facteurs qui nous gouvernent. Notre religion, notre éducation, notre niveau social, notre expérience… tout ceci fait que nos réactions sont parfois peu prédictibles, souvent étonnantes. Telle personne qui nous donne l’impression d’être très faible peut se révéler dans des situations dramatiques quelqu’un de très fort, d’exemplaire. Et moi, comment est-ce que je réagirais dans des situations identiques ? Qui peut le dire ? Est-ce que je me connais assez moi-même pour le dire aujourd’hui ? Probablement pas. Perdu dans mes pensées, je ne saisi pas tout ce qui se dit autour de moi. Il semblerait qu’il soit question de partir à la plage. La plage, quelle bonne idée ! J’ai besoin, nous avons besoin de nous changer les idées. J’acquiesce avec un grand sourire. Oui allons-y. Isabelle a le numéro de portable de Yann. Nous restons joignables. C’est idiot, mais je suis excité par cette sortie, par cette petite récréation. Comme si je me sentais prisonnier de cette maison. Comme un prisonnier qui attend chaque jour ses vingt minutes de promenade. Pourquoi ais-je tout d’un coup cette sensation opprimante d’être prisonnier de cet endroit, comme pris au piège ? Oui c’est ça, j’étouffe ! Il faut que je sorte. Vite !





A suivre...

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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 11:00

État de choc





Si vous avez manqué la partie précédente, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.




État de choc. Oui, c’est cela, nous sommes en état de choc. Tous. Moi le premier. Un silence s’est tout d’abord installé. Ce genre de silence qui nous met mal à l’aise, vous savez cette atmosphère pesante où personne ne parle, personne ne se regarde, les yeux errent dans un vide absolu… Et puis vint le moment de parler. Beaucoup. Le moment du débriefing, salutaire pour les psychologues. Et le sentiment prédominant de ces échanges intenses est la culpabilité. Oui nous nous sentons coupables. Tous. Moi aussi. Moi le premier devrais-je dire. Nous avions tous vu que Sylvie allait mal, très mal. Et nous n’avons rien fait. Ou pas assez. Nous savions qu’elle était dépressive, il suffisait de l’observer quinze secondes. Tout son être reflétait la souffrance. Son comportement d’hier soir, le fait qu’elle ait quitté le dîner en pleurs pour se réfugier dans sa chambre sans plus en sortir de la soirée aurait dû nous inquiéter. Elle avait besoin d’aide à ce moment là. C’était un appel au secours, et nous n’avons rien fait. Rien du tout. Nous avons continué à nous saouler. Quelle honte ! Certains d’entre nous avaient tout de même tenté de l’aider, de comprendre ce qui se passait. En vain. Sylvie était toujours resté fermée, imperméable aux tentatives multiples de secours. Nous savons tous que nous ne pouvons pas forcer quelqu’un à accepter de l’aide. Et pourtant ! Cet événement tragique nous ramenait violement dans le monde de la réalité. Ces dernières heures nous y avions échappé, nous étions dans un monde futile et infantile où la seule priorité était de s’amuser et de prendre du bon temps. Et voilà que d’un coup, en l’espace de quelques minutes, nous nous retrouvions projetés violement dans le monde cruel des adultes. Oubliée la futilité, elle était maintenant remplacée par un sentiment énorme de culpabilité. Nous aurions dû faire plus pour Sylvie. Beaucoup plus. Elle avait besoin d’aide, et nous n’avons pas su voler à son secours. Et maintenant nous allions avoir peut-être une mort sur la conscience. Oui c’est cela, il y avait non assistance à personne en danger. Mort. À aucun moment ce mot terrible n’a été prononcé. Nous affichons tous un optimisme de rigueur. Optimiste n’est pas le mot correct étant donné les circonstances. Mais nos propos ne laissent qu’une seule éventualité possible à ce drame : un rétablissement rapide. En fait nous ne faisons que nous rassurer mutuellement. Mais chacun d’entre nous, au plus profond de lui-même, envisage le pire. Et c’est un déchirement. On a beau essayer de se convaincre du contraire, le spectre de la mort est là, indicible, caché au plus profond de nous même, de nos entrailles. Mais nous ne pouvons pas l’imaginer. Cela serait terrible. Pour nous tous. Oui, terrible.

 

Quelle heure est-il ? Je n’ai pas ma montre, mais il me semble que cela fait une éternité que je me suis levé. Et je sens la faim me triturer doucement l’estomac. Mais quelle heure peut-il être ? Je penche doucement la tête pour essayer de regarder le plus discrètement possible la montre de Salim. Midi dix. Suis-je le seul à avoir faim ? Tous semblent n’avoir plus prise au temps qui passe. Ils sont figés,  comme happés par un trou noir, et moi, spectateur immobile et impuissant, échappé depuis peu de cette déformation de l’espace temps, je les observe persuadé que le temps est toujours arrêté pour eux alors qu’il vient tout juste de reprendre son cours pour moi.

 

–     Écoutez, ça ne sert à rien de rester comme ça à pleurer toute la journée. Si on mangeait un peu ? Moi je commence à crever la dalle !

–     Mais ça va pas ? Comment tu peux penser à bouffer alors que Sylvie vient de se flinguer ? T’es qu’un connard !

 

Comme toujours, Momo venait de mettre les pieds dans le plat. Et Isabelle le lui rappelait violement. Trop. Beaucoup trop. Ses mots d’une violence inouïe dans sa bouche, elle la petite fille timide et discrète, transparente diront certains, traduisent la violence du choc dont elle a été victime, dont nous avons été victimes. Pauvre Momo. Il regarde ses pieds, le visage pourpre traduit sa gêne. Mais en fait c’est lui qui a raison. Oui, à quoi bon s’apitoyer sur notre sort ? Rester ici sans rien faire n’arrangera rien. Il faut continuer à vivre. Ce n’est pas en pleurant que l’on va aider Sylvie à s’en sortir. Il faut réagir. Il faut que je vole au secours de Momo.

 

Momo a raison, rester ici à pleurnicher ne va pas aider Sylvie à s’en sortir. En plus, c’est vrai que moi j’ai faim, et je suis sur que vous c’est pareil.

– Olivier a raison, allons nous faire quelque chose à manger. Il est déjà midi dix.

 

Mon cher Salim, merci d’être d’accord avec moi. Depuis le drame, il ne m’a pas quitté, assis à mes côtés, sa main crispée sur mon genou. Lui aussi a l’air ébranlé. Il est resté silencieux pendant tout ce temps, pensif. Il n’a pas pleuré, non, mais son visage d’habitude si souriant s’est transformé en visage de cire. Et moi ? Pourquoi n’ai-je pas eu envie de pleurer ? D’ailleurs il y a longtemps que je n’ai pas versé une larme. Très longtemps. Certains prennent cela pour de l’indifférence au chagrin. Ils ne comprennent pas que l’on intériorise la douleur. Ou qu’on la relativise. C’est vrai que je relativise beaucoup. « Et puis après » devrait être ma devise. Mais relativiser ne veut pas dire ne pas avoir de chagrin. Relativiser aide simplement à comprendre et surtout à accepter. Mais ce n’est pas une recette infaillible. Heureusement. Si cela l’était, on resterait impassible et pragmatique en toute occasion. Une machine en quelque sorte. Que la vie serait triste sans pleurs, sans colères, sans rires… Ce matin je n’ai peut-être pas éprouvé de tristesse pour ce qui venait de se passer, il n’en reste pas moins vrai que je reste choqué par l’évènement. Et je pense que nous le sommes tous. Salim le premier. Et sa main droite crispée avec force sur mon genou me le rappelle.

 

Sandwich poulet mayonnaise pour le monde. Nous mangeons tous en silence dans la salle à manger qui n’a rien à envier à une habitation qui aurait été ravagée par un bombardement. On s’est assis où on pouvait, au milieu de bouteilles vides jonchant le sol. Je suis sur le canapé,  entre Sabrina et Salim. Amandine, très gentiment, nous a préparé quelque chose à manger, sur le pouce. Tiens, le téléphone sonne ; nous nous regardons tous, figés. Pendant un instant, pas de réaction. Le téléphone sonne toujours. Deuxième sonnerie. Yann se lève et se dirige vers l’entrée. Troisième sonnerie. Il décroche. De l’endroit où nous sommes, nous ne pouvons pas entendre distinctement ce qu’il dit. Nous tendons tous l’oreille. En vain. Nous ne percevons que des bruits étouffés. Je regarde l’horloge du salon. Elle indique midi quarante deux. Yann est déjà de retour. Sans le sourire. Malheureusement.

 

– C’était Isabelle qui appelait depuis l’hôpital. Les nouvelles ne sont pas géniales… Sylvie est aux soins intensifs, ils lui ont fait un lavage d’estomac, mails ils disent qu’elle est dans un état critique. Elle est dans le coma.

 

Silence. Nous sommes tous consternés. Le cauchemar continue, nous ne nous réveillons toujours pas.

 

– Je vais appeler ses parents pour les prévenir. Je crois qu’ils habitent toujours à la même adresse.

 

Yann repart en direction du téléphone. Je le plains. De tout mon cœur. Quelle épreuve que d’annoncer ce genre de nouvelle. Imaginez la douleur de parents à qui on annonce que leur fille, leur fille chérie, la fille dont ils sont si fiers, est entre la vie et la mort. A qui pouvons-nous souhaiter cela ?

 

C’est à ce moment là qu’elle frappe, sournoise ! Je me sens d’un coup très fatigué, faible, sans forces... J’ai une envie impérieuse de monter m’allonger quelques instants. J’ai besoin de me reposer un peu. De faire un somme. Je m’excuse auprès de chacun, et je monte, accompagné de Salim. Déjà nous sommes allongés, côtes à côtes, silencieux, immobiles. Je repense à ces dernières heures, mais j’ai très rapidement beaucoup de difficultés à me concentrer. Je me sens partir, aspiré voluptueusement dans le royaume du sommeil. Mes sens sont engourdis. Une vague de chaleur m’envahit. J’entends au loin des bruits de voix étouffés. Je me sens bien. Très très bien…






A suivre...

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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 11:00

Sur un des transats, en bord de piscine, allongée, se trou








Si vous avez manqué la partie précédente, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.




Quelle heure est-il ? Je ne sais pas. Le jour semble se lever. J’ai l’esprit tout embrumé. Il me faut quelques instants pour me souvenir de l’endroit où je me trouve. La petite fête de la veille, l’alcool coulant à flot, tout ceci semble loin dans mon esprit. Combien de temps ai-je dormi ? Deux heures, trois heures peut-être ? Certainement pas plus. Je ne me sens pas bien. Je redoute déjà le moment où je devrai me lever. Je crois que cela va être la cuite du siècle pour moi. Salim lui semble bien dormir. Je sens son souffle sur ma nuque. Que c’est agréable de se réveiller dans les bras de quelqu’un d’autre. Cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé, je trouve cela attendrissant. On s’est endormit tous les deux presque instantanément après s’être couché. Il a du me prendre dans ses bras dans la nuit, alors que je dormais. Qu’est-ce que je peux être fatigué… Il doit être cinq heures, ou six heures. C’est cela, six heures maximum. Je me sens repartir tranquillement dans les bras apaisants de Morphée…

 

 Qu’est-ce qui se passe ?

 

J’ai la sensation de ne m’être rendormi que pendant quelques minutes. Salim est allongé sur le ventre. Il ne semble pas avoir entendu le cri qui vient de me réveiller. Des portes claquent sur le palier.

 

 Salim, réveille-toi, il se passe quelque chose.

 

Je le secoue comme un prunier. Il me marmonne quelque chose. Incompréhensible. Je regarde ma montre. Neuf heures dix.

 

 Quelqu’un viens de crier. Réveille-toi !

 

Il se redresse un peu, au prix d’un effort surhumain.

 

 Quoi ?

 

Un autre cri. Puis un troisième. Cela semble venir du jardin. Je me lève rapidement, et jette un coup d’œil par la fenêtre. Je ne vois rien, le jardin se trouve de l’autre côté.

 

 Viens, dépêche toi, on va voir ce qui se passe.

 J’arrive. Faut juste que j’enfile un froc.

 

Le temps d’une seconde pour Salim d’enfiler son jean et nous voilà dévalant l’escalier en direction du jardin. Là, au bord de la piscine, il y a Isabelle en pleurs dans les bras de Yann. Un peu plus loin, en train de vomir, Sabrina. Sur un des transats, en bord de piscine, allongée, se trouve Sylvie. Au dessus d’elle, lui donnant des gifles et la secouant violement, il y a Amandine.

 

 Mais putain, au lien de rester là comme des glands, appelez les pompiers !

 

Nous arrivons à leur niveau. Isabelle, en petite nuisette, est complètement inanimée, sans réaction aux appels d’Amandine. Au pied du transat il y a une bouteille de Whisky au trois-quarts vide et surtout une boite de Lexomil. Vide. Je comprends immédiatement.

 

 Elle respire toujours ?


En posant cette question, je n’espère qu’une chose. Que Sabrina me réponde par l’affirmative.

 

 Oui, mais elle a pas l’air d’aller bien du tout.

– Je vais appeler les pompiers, c’est quoi l’adresse ici ? Yann, c’est quoi l’adresse ???

 

Le pauvre, il a l’air complètement choqué.

 

– Yann, je connais pas l’adresse !

 C’est 12 rue de Jersey.

 OK.

 

Je fonce vers l’entrée où je crois avoir vu un téléphone. Mais qu’est-ce qui lui a pris à cette pauvre Sylvie. C’est vrai qu’elle avait l’air vraiment mal en point hier. On n’aurait jamais dû la laisser toute seule.

 

–     Centre 15, je vous écoute.

–     Oui, bonjour, on a eu une amie qui a avalé une boite de Lexomil.

–     D’accord, restez calme Monsieur, je vais vous demander quelques informations. Il y a combien de temps qu’elle a avalé ces comprimés ?

–     Je ne sais pas du tout, on vient de la trouver.

–     Est-elle consciente ?

–     Non, mais elle respire toujours.

–     Combien de Lexomil a-t-elle avalée ?

–     Je ne sais pas, la boite est vide.

–     A-t-elle pris autre chose ?

–     Non, enfin je ne sais pas.

–     A-t-elle bue de l’alcool ?

–     Oui, il y a une bouteille de Whisky presque vide à côté d’elle.

–     D’accord, on va venir tout de suite. A quelle adresse êtes-vous ?

–     C’est rue de Jersey, mais je ne me souviens plus à quelle numéro c’est, je suis chez des amis.

–     Devons-nous venir à l’endroit d’où vous téléphonez ?

–     Oui

–     D’accord,  12 rue de Jersey à Donville-les-Bains, c’est bien ça ?

–     Oui, oui, c’est ça.

–     Ne vous inquiétez pas, une équipe est en route. Je vais vous demander votre nom s’il vous plait.

–     Oui, bien sûr, Olivier Valentin.

–     Merci Monsieur Valentin. Quel est le nom de votre amie ?

–     Sylvie Oliveira.

–     Quel âge a-t-elle ?

–     Vingt-quatre ans je crois.

–     Merci, ne vous inquiétez pas, notre équipe devrait arriver sous peu. Ça va aller ?

–     Oui, merci.

–     D’accord, restez près du téléphone au cas où on aurait à vous joindre.

–     D’accord, merci beaucoup.

–     Je vous en prie. Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer.

–     Au revoir.

      

Par la porte d’entrée, je vois Isabelle courir dans ma direction.

 

–     Olivier, vite, Sylvie ne respire plus !

–     T’inquiètes pas, le SAMU est en route. Va les attendre devant la maison pour leur montrer le chemin.

–     D’accord, mais il faut faire quelque chose, elle va mourir.

–     Mais non, ne dis pas n’importe quoi. Va attendre les pompiers.

 

Elle a l’air paniqué la pauvre. Elle est toujours en pleurs. Je dois avouer que, en ce qui me concerne,  je n’en mène pas large. En fait, je crois que je ne me rends pas vraiment compte de la situation, je suis pris dans l’action, ou plutôt je courre après ; j’enchaîne les gestes de réanimation sans y réfléchir, de manière totalement automatique, comme si j’étais guidé par un radar – par la grâce divine diront certains – qui aurait pris le contrôle de ma personne. Me voici à genoux au dessus de Sylvie en train de lui faire un massage cardiaque enchaîné par du bouche-à-bouche. Les autres me regardent sans rien faire, pétrifiés, paralysés par la vision de la Mort approchant à grand pas, une faux à la main, gloussant déjà à la pensée de faire Sylvie sujet de son royaume des ténèbres. Les minutes passent, lentement. Très lentement. Trop lentement. Depuis combien de temps suis-je en train de me battre corps à corps avec Elle. Je réussis pour l’instant à La tenir éloignée, je peux sentir un pouls très faible, presque imperceptible. Mais elle ne respire toujours pas. Mais que fait le SAMU ? Pourquoi mettent-ils autant de temps à arriver ? Je suis épuisé. Je n’en peux plus. Je n’ai plus de force dans les bras. Cela doit fait une demi-heure que je me bats. Ou peut-être une minute. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Au loin, j’entends une sirène. Enfin ! Ils arrivent. La sirène se rapproche. Je peux déjà entendre les pneus crisser et les portes claquer. Ma libération est proche. Les voilà. Ils me remplacent, prennent Sylvie en charge. Me voici libéré. Le choc est trop rude. Il faut que je m’asseye. Tout tourne autour de moi. Le contre choc comme on dit. Je vois les pompiers discuter avec Sabrina, Yann, Jérôme et Salim. L’un d’eux s’approche de moi et me dit quelque chose. Je vois ses lèvres bouger mais je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il me dit. Je le fais répéter. Je ne saisis pas tout, justes quelques bribes. Je crois qu’il me remercie, qu’il me dit que grâce à moi Sylvie est en vie et je ne sais pas quoi d’autre. Je suis toujours sonné. J’ai du mal à comprendre ce qui m’entoure. Ils sont sur le départ. Sylvie est emmenée sur un brancard. J’espère qu’elle va s’en sortir. Des portières claques, j’entends une voix masculine dire « neuf heures cinquante et une, on est partis », et déjà la sirène se fait entendre, de plus en plus lointaine… Je suis assis sur un des transats, ma tête entre les mains, fixant quelque chose flottant sur l’eau. Une bouteille. Oui, c’est ça, une bouteille de Gin ou de Rhum, vestige de l’orgie alcoolique et alcoolisée de la veille. Elle est là, insolente, sourde au drame qui vient de se dérouler. Elle est là pour me rappeler, nous rappeler notre insouciance d’hier soir. Notre puérilité. Et nous revoilà, dès le réveil, violement de retour dans le monde adulte. Mais à vingt cinq ans, sommes-nous totalement adultes ?








A suivre...

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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /2010 11:42

Les Jeux de 20 h avec Maître Capello






Avec l'arrivée de 2010, on peut voir un peu partout sur la toile des vœux de bonne année. Des vœux ou des voeux ? Il faut être franc, on voit maintenant rarement les mots vœu, œuf ou bien bœuf écrits correctement. Recul du niveau d’orthographe ? Non, je dirais plutôt claviers d’ordinateurs inadaptés. Si le clavier français AZERTY permet d’écrire la plupart des lettres accentuées françaises, la lettre œ a été oubliée. Si on utilise un logiciel de traitement de texte l’e dans l’o sera automatiquement crée, mais sinon…  Comment faire ? Deux solutions : Soit taper la séquence Ctrl+1 (sur le clavier alphanumérique) puis la lettre o soit Alt+0156.

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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /2010 10:51

Et là, deuxième surprise. Il m'embrasse.






Si vous avez manqué la partie précédente, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.




J'ai retrouvé –  non sans mal –  ma chambre  après avoir gravi péniblement l'escalier menant à l'étage supérieur. Je suis assis sur le lit, à moitié endormi, n'ayant pas le courage de me déshabiller et encore moins de prendre une douche.

 

 Alors beau gosse, tu montes te coucher sans moi ?

 

Salim vient juste de rentrer dans la chambre, tout sourire.

 

 T'es toujours vivant, toi ?

–  Autant que toi. Tu t'es bien amusé ?

–  Ouais, si on peut dire. J'ai surtout bien picolé. Ça fait des années que j'ai pas bu comme ça. Remarque j'suis pas le seul. T'as l'air bien torché toi aussi.

–  Tu l'as dit ma poule. On a picolé comme au bon vieux temps.

–  J'suis crevé. J'prends ma douche et après je pionce comme un bébé.

–  Comme un ivrogne, tu veux dire ?

–  Salaud !

 

Il est temps pour moi d'aller prendre ma douche. Heureusement c'est la porte à côté. Je suis sûr que je n'aurais jamais pu faire cinq mètres de plus. Je me déshabille tant bien que mal, et je fonce sous le jet d'eau chaud et puissant. Quel bonheur ! Je vais dormir comme un bébé, j’en suis certain. J'enfile mon boxer, et je retrouve notre chambre. Salim est maintenant allongé sur le lit, tout habillé. Mais lorsque je fais mon entrée dans la chambre, il se redresse d'un bon, et émet un sifflement d'admiration.

 

 Putain ! T'es bien gaulé mon salaud...

 

Je souris. Que puis-je faire d'autre ? En fait je suis flatté. Ce n'est pas la première fois que l'on me fait ce genre de compliments. Je sais que je suis plutôt bien gaulé. Un mètre quatre vingt deux, soixante douze kilos, bien dessiné –  je vais à la salle de sport presque tous les jours –, je n'ai franchement pas à me plaindre.

 

 T'es vraiment bandant, tu sais ?

 Je prends ça comme un compliment. Tu sais quoi ? Je me couche. Je suis crevé.

 Je vais prendre ma douche, et je te rejoins tout de suite.

 Ça marche ma poule !

 

J'ai du m'assoupir quelques minutes. Salim est de retour de la salle de bain, une serviette autour de ses hanches.

 

 Tu dormais déjà ?

 J'ai du m'endormir quelques minutes. C'était bon la douche ?

 Génial !

 Tu sais que tu n'es pas mal non plus ? Toi aussi tu fais de la muscu, non ?

 Oui. Comme ça je te plais ?

 C'est vrai, je te trouve beau gosse.

 

Ça tu peux le dire. Il a de ces pecs ! Sans parler de ses abdos ultra dessinés. J'adore ! Son torse, imberbe, est une merveille.

 

 Je dors nu, ça te pose un problème ?

 Ça devrait ?

 Non.

 

Et  le voila qui enlève sa serviette et viens me rejoindre sous les draps. Et me met sa main droite au paquet. Comme ça, par surprise.

 

 Mais je te fais de l'effet à ce que je vois ?

 

Surpris, je ne réagis pas. Et là, deuxième surprise. Il m'embrasse. Sur la bouche.

 

 Bonne nuit ma poule !

 Bonne nuit !

 

Je ne sais trop quoi penser. Je suis trop fatigué pour réfléchir. On verra demain…






A suivre...

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Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 22:27

Tour Burj Khalifa برج خليفة






Une hauteur record de 828 mètres, 160 étages habitables, la tour Burj Khalifa برج خليفة inaugurée aujourd’hui à Dubaï est impressionnante. Sensible au vertige, je ne peux m’empêcher de frissonner en imaginant les ouvriers travaillant à ces hauteurs démentes. Et pour les phobiques des ascenseurs, ceux-ci montent jusqu’à une hauteur de 504 mètres à une vitesse de 10 mètres par seconde soit 35 kilomètres par heure. Accrochez vos ceintures ! Et en cas d’évacuation par les escaliers, je vous garantie des fessiers en béton…

 

Tour Burj khalifa en construction




Je vous recommande le dossier des Observateurs de France 24 avec des photos et vidéos impressionnantes.

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Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 20:12

Un dîner presque parfait






Si vous avez manqué la partie précédente, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.




Ils sont tous là, plaisantant, se lançant dans des discussions passionnées. Et moi aussi. Je lance une plaisanterie par-ci, une pique par-là, je rentre dans une polémique, je souris, je complimente, flatte parfois, je rappelle une anecdote, me ressert un verre à l'occasion, je joue en fait au parfait invité. Et pourtant je suis encore une fois déconnecté de la réalité. J'ai l'impression d'être ailleurs. Cette impression étrange que ce n'est pas moi qui plaisante et rit de bon cœur avec mon auditoire. Je vie une sorte de voyage astral. Mon esprit s'est détaché de mon corps qui, lui, continue de participer à ce qui l'entoure par réflexe, telle une poule fraîchement décapitée qui s'obstinerait à courir, ridicule, sans tête. La fatigue, toujours. Et l'alcool. Encore. Trop. Ce que l'on a eu pour dîner ? Mon esprit est trop embrumé. Je ne sais plus. Je me sens m'affaler un peu plus sur le canapé. Si, je me souviens. Des fruits de mer. Des huîtres, des bulots et autres trucs visqueux. Tout ce que je déteste. Je n'ai presque rien mangé. Un petit peu quand même, par politesse. On fume autour de moi. Beaucoup. J'ai l'impression de me trouver dans un tripot dans les bas-fonds de Hong Kong. Peut-être est-ce mon cerveau qui est enfumé. Quelle heure est-il ? Deux heures. Déjà. Quelqu'un a-t-il des nouvelles de Sylvie ? Au cours du dîner, elle a fondu en larmes, sans raison, et elle est montée s'enfermer dans sa chambre. Non, personne ne sait ce qui se passe. Elle refuse toute visite. D'après les autres, elle est comme cela depuis son arrivée. Elle n'a jamais donné d'explications. Elle ne s'est confiée à personne. Elle est depuis restée à l'écart, toujours très froide et surtout très triste. Les filles ont bien essayé de la consoler, en vain. Même Amandine et Isabelle, ses deux meilleures copines au collège, ont échoué. Qu'est-ce qu'il lui arrive ? On verra plus clair demain, lorsqu'elle se sera calmée. En attendant, il est l'heure pour moi d'aller me coucher, si j'arrive à monter l'escalier et à retrouver ma chambre. Je veux souhaiter bonne nuit, mais il ne reste plus grand monde en très bonne forme. Le salon ressemble à un champ de bataille jonché de mes compagnons comateux affalés dans les fauteuils pour les uns, étendus par terre pour les autres moins chanceux. Ils sont tous torchés, abrutis par l'alcool. Tout comme moi. Je culpabilise déjà moins. Je ne rêve que d'une chose, me coucher.





A suivre...

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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 14:30

Villa Mon Plaisir







Si vous avez manqué la partie précédente, c'est ici. Pour reprendre du début, c'est ici.




La tête me tourne un peu. Le décalage horaire commence à se faire sentir. Je n'aurais pas dû boire cette bière. Le sandwich acheté dans le train est digéré depuis longtemps, mon ventre gargouille. Dix sept heures trente. Cela fait déjà quatre heures que je suis arrivé à Granville. Le trajet à pieds de la gare à la maison de Yann m'a fait du bien. Quel plaisir de respirer à pleins poumons l'air iodé du bord de mer. Lorsque nous avons atteint notre lieu de résidence, une villa superbe à flanc de falaise, j'étais tout ravigoté. J'aurais pu courir un marathon. Ou presque. Et c'est là que les choses se sont gâtées. Aussitôt rentré, sans même prendre le temps de faire connaissance avec cette charmant bicoque, me voilà assis sur le grand canapé du salon, une bière à la main, racontant, romançant parfois, ma vie. Ils sont tous là devant moi, en arc de cercle. Confucius et son auditoire. L'alcool me monte à la tête, les questions fusent et tourbillonnent jusqu'à mon esprit embrumé et vacillant de fatigue. Je m'entends poser des questions, j'ai la sensation de m'être détaché de mon corps. Je n'entends pas mes réponses. Je ne sais plus trop ce que je leurs dit. "Olivier !". Je lève la tête. Isabelle est là, souriante, une assiette à la main. Quelle bonne idée, quelques petites choses à grignoter. Cela va me permettre de reprendre quelques forces. Les questions continuent, ce brouhaha m'est très pénible. Heureusement, ma lucidité commence à revenir. Merci aux mini pizzas. Il faut absolument que je me montre intéressé par leurs vies respectives, même si pour l'instant je n'ai qu'une seule envie, faire une petite sieste. Je sais pourtant, par expérience, que ce serait une catastrophe pour mon horloge biologique. Je me sens un peu mieux maintenant. Il faut dire que je carbure  désormais au Perrier. Je ne peux pas dire que la vie des uns et des autres me passionne. Sabrina, qu'a-t-elle racontée, déjà ?

                                             

Mariée depuis quatre ans à un certain Pierre, un petit bout’ chou de trois ans, Martial, une grande maison à Toulouse, un boulot qui lui plait – chargée de compte dans une grande banque si je me souviens bien –, bref le bonheur absolu. Pierre par ci, Pierre par là, elle semble très amoureuse de son mari. Et fière ! Trente trois ans, à la tête de deux agences immobilières, un physique de jeune premier, issu d'une famille pleine aux as, elle semble avoir harponné le pigeon idéal. Bon d'accord, je retire ce que j'ai dit. Elle semble avoir épousé le mari idéal. Leur fils Martial semble une réussite. D'après ce qu'elle raconte, il est très précoce. Elle est certaine d'avoir mise au monde un génie. Mais quelle mère ne pense pas cela ?

 

Elle semble réellement adorer sa petite famille, cependant quelque chose me chiffonne. Alors qu'elle nous fait partager l'intensité de son amour pour son mari, alors même qu'elle nous dépeint son époux avec moult superlatifs – "il est si sexy, si fort, si intelligent..." –, sa main droite, qui était jusqu'à maintenant négligemment posée sur mon genoux gauche, se met maintenant à me caresser doucement la cuisse, remontant progressivement, mine de rien, vers mon entrejambe. Et elle qui continue de parler, comme si rien ne se passait, de sa vie de couple. Les autres ont-ils repérés sont petit manège ? Quel manège, d'ailleurs ? Suis-je devenu fou ? Pourquoi suis-je dont en train de m'imaginer un truc sexuel alors que ce geste, ma foi, n'est rien d'autre qu'amical ? Oui c'est cela, Sabrina se comporte avec moi comme avec un vieil ami. Et je devrais être flatté de cela. Il faut dire que je ne suis pas habitué à ce genre de démonstration de tendresse "amicale" venant d'une femme. D'ailleurs je n'ai jamais eu de très bonne amie fille. Je ne suis pas sûr, à la réflexion, qu'une amitié homme-femme puisse réellement exister. Même s’il ne se passe rien sexuellement, une amitié inter-sexe ne peut être qu'ambiguë. La nature étant ce qu'elle est, l'envie de séduire – et de conclure – sera toujours présente, même si ce n'est qu'inconsciemment. Une relation de ce type ne peut être qu'intéressée. Mais dans le cas présent ? On a déjà couché ensemble, donc elle ne cherche pas à avoir ce qu'elle déjà eu. Elle peut avoir des gestes amicaux envers moi sans qu'il y ait la moindre ambiguïté, de son côté en tous cas. Car pour moi, ma première pensée fût de penser qu'elle était en train de m'allumer. Et très franchement, cela m'a mis très mal à l'aise, sans doute parce qu'elle est mariée et mère. Mais comment ais-je pu être aussi stupide pour penser un instant qu'elle était en train de me draguer ? Il ne faut pas que j'oublie – j'ai du mal à me faire à l'idée – que Sabrina est mariée et heureuse, que je ne suis pas le centre du monde, que toutes les femmes ne sont pas irrésistiblement attirées par moi. C'est dans ces moments que je réalise que j'ai un ego parfois démesuré. Il faut que je redescende sur Terre !

 

Tout le monde s'est levé. Il est temps pour moi de visiter cette grande maison. Tout un programme si j'en crois la plaque en faïence bleue accrochée sur le grand portail que j'ai remarqué en arrivant tout à l'heure et qui m'a fait sourire. Nous résidons à la Villa Mon Plaisir. J'ai toujours été très amusé par cet usage que l'on trouve en province et qui consiste à donner un nom à sa maison. Généralement, ce sont toujours des noms un peu "cucu la praline" comme dirait ma mère. Les Sapins bleus, les Magnolias, les Tilleuls, les mêmes noms que portent les pensions de famille ou les maisons de retraite. Au repos éternel serait plus approprié pour ces dernières, non ? Quoi qu'il en soit, Villa Mon Plaisir, voilà un nom qui me plait.

 

Les parents de Yann doivent avoir une bonne situation parce que, très franchement, cette baraque est géniale. Non seulement par sa situation – en bord de falaise, à cinq minutes de la plage – mais aussi par sa taille – elle doit faire au moins deux cent mètres carrés –. Et je ne vous parle pas de la piscine ! Elle doit être malheureusement un peut froide à cette période de l'année. Au premier étage nous retrouvons les chambres. Il y en a quatre. Je sais déjà que Yann dors dans le canapé lit du salon, et en visitant la salle de billard au sous-sol j'avais appris que le sofa là-bas avait été adopté par Momo. Dans la première, l'ancienne chambre de Yann et de son frère où rien n'a changé – avec le papier peint Mickey et les lits superposés – dorment Jérôme, dans le lit du haut, et Sacha, en bas. Dans la chambre suivante, Amandine et Sabrina, se partageant le même lit. Puis la chambre de Sylvie et Isabelle, toujours avec un grand lit. Ensuite la salle de bain, les toilettes, puis tout au bout du couloir, dans l'autre aile du bâtiment, la dernière chambre, la mienne, la notre. Je suis content, Salim et moi allons partager la même piaule. Et le même lit. Je me demande qui a fait la répartition des chambres. Je comprends vite que c'est Salim qui a fait en sorte de la partager avec moi. Tant mieux. On va pouvoir vraiment discuter. Depuis mon arrivée, je n'ai pas vraiment eu le temps de lui parler, monopolisé par les autres. Dire que c'était mon meilleur copain. J'espère que cela va être l'occasion de renouer des liens aussi forts, pourquoi pas, qu'avant.

 

Sabrina me fait un clin d'œil.

 

– Olivier, ça te dit de faire une petite balade avec moi pendant que les autres préparent à dîner ?

 

En me disant cela, elle m'a pris la main et m'entraîne déjà vers l'escalier. Il ne faut pas que j'oublie, tout ceci est amical.

 

Nous sommes assis tous les deux sur un banc, face la mer. Sa tête est posée sur mon épaule. Nous discutons. De tout. De rien. En fait, c'est surtout elle qui parle. Un vrai moulin à paroles. Je me sens bien. La nuit commence à tomber. Tout d'un coup, elle se redresse. Elle me regarde, avec un grand sourire. J'avais oublié à quel point j'aimais ce sourire. Et ces yeux. Verts amande. Je lui souris. Elle ne bouge pas, elle continue de me dévisager. Je me sens gêné. Mal à l'aise. Je ne sais quoi lui dire. Trente secondes passent. Quarante. Sans un mot, sans un murmure, elle se penche vers moi et m'embrasse. Ses lèvres sont sur les miennes. Je ne réagis pas. Je suis comme pétrifié. Interloqué. Incapable de comprendre ce qui m’arrive. Ma capacité d'analyse semble m'avoir échappée. Je sens maintenant sa langue contre mes lèvres essayant de se frayer un chemin vers ma bouche. Comme par réflexe, mes lèvres s'entrouvrent et nos deux langues entament une danse sensuelle, un tango argentin torride qui aurait pour participants nos deux langues surexcitées. Soudainement, Sabrina met fin à ce baiser langoureux. Elle est déjà debout. Elle me regarde. Elle rit.

 

– Tu viens ? On va être en retard pour dîner.

 

Et la voilà déjà repartie en direction de la Villa Mon Plaisir. Moi je suis toujours assis. Dans la même position. Je ne comprends toujours pas ce qui vient de se passer. Je suis incapable de raisonner. Pourquoi m'a-t-elle embrassé ?  Et son mari dans tout ça ? Elle m'a dit qu'elle filait le parfait amour avec lui. Un mariage idéal m'a-t-elle dit. Je ne comprends pas. Je ne veux pas comprendre. Je ne peux pas comprendre. Il est tard. Je suis fatigué. J’ai faim. On verra cela plus tard.




A suivre…

Par ivc - Publié dans : Roman - Viol à l'arraché - Communauté : Romans en ligne
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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 14:08
Re-Mi Bandali


 

 




En zappant  sur Télé Mélody, je suis tombé sur la rediffusion d’une émission culte de Michel Drucker, Champs Elysées. Il s’agissait du réveillon du nouvel an de 1984-1985. Une séquence m’a particulièrement émue, c’est celle de la petite libanaise Re-Mi Bandali, agée alors de quatre ans et demi, chantant sur le plateau Sauvez l’enfance en arabe, français et anglais. Il faut se souvenir que le Liban était à l’époque en pleine guerre civile, et je trouve cette petite messagère de la paix très touchante. Et interdiction de la comparer à Jordy !

 



 







جينا نعيدكن بالعيد منسألكن

ليش ما في عنا لاعياد و لا زيني

يا عالم أرضي محروقة أرضي حريي مسروقة

سمانا عم تحلم عم تسأل الإيام

وين الشمس الحلوي و رفوف الحمام

يا عالم أرضي محروقة أرضي حريي مسروقة

أرضي  زغيري متلي زغيري

ردولا السلام و اعطونا الطفولي

أعطونا الطفولي... أعطونا الطفولي... أعطونا الطفولي

أعطونا...أعطونا

أعطونا السلام

......

A mon enfance

A mes quatre ans 

A l'innocence  

Au beau jardin 

A ce Liban 

Qu'appele les enfants 

Je vous demande

Vous prie de rendre 

Toute l'innocence 

De mon enfance 

Sauvez l'enfance 

Sauvez l'enfance...sauvez l'enfance...sauvez l'enfance 

Sauvez...Sauvez 

Sauvez L'enfance  

......

 

I am a child 

With something to say 

Please listen to me 

I am a child 

Who wants to play 

Why don't you let me  

My doors are waiting 

My friends are praying 

Small hearts are begging 

Give us a chance 

Give us a chance...give us a chance...give us a chance 

Please...Please 

Give us a chance

 

 

 


 

Par ivc - Publié dans : TV
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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 19:55

Quai de gare - Gérard Pétrus Fieret




Si vous avez manqué la première partie, c'est ici.



Ce n’est pas vrai ! Ils sont tous là, tous. Ces cons sont en train de siffler. On peut dire que je suis repéré. Et elle est là, au premier rang, tout sourire. Elle n'a pas changée. Elle est toujours aussi belle. Elle est craquante dans cette petite robe d'été orange. Elle met en valeur sa superbe chevelure brune ainsi que sa peau légèrement halée. Et quel décolleté, putain, je ne me souvenais pas d'une poitrine aussi  imposante.

 

– Bonjour Sabrina

– Salut Olivier, tu es toujours aussi beau, tu n’as pas changé.

– Merci, je te retourne le compliment, tu es splendide.

– C'est gentil, c'est grâce à la chirurgie.

 

Je connais cette voix, c'est celle de Yann. Lui, on peut dire qu'il a changé. Je me souviens très bien de lui à l'école. Petit, maigrelet, je dois avouer que la puberté ne l'a pas arrangé. Il est toujours petit, ça oui. Un mètre soixante à tout casser. Mais on a du mal à imaginer que l'hippopotame devant moi  pesait trente kilos tout habillé à quinze ans. Quel poids peut-il faire ? Cent trente, cent cinquante kilos ? Et toutes ces pustules sur sa tronche... Quelle horreur ! Je dois absolument surmonter mon dégoût, esquisser un sourire.

 

– Elle fait des miracles, à ce que je vois. Comment vas-tu Yann ?

– Très bien, tu ne me dis pas que je n'ai pas changé ?

– Je ne voudrais pas rendre jalouse Sabrina. Merci pour l'invitation. C'est cool d'avoir organisé cette petite sauterie, c'est très sympa de ta part.

 

Pendant qu'il me raconte je ne sais quoi sur ce qui lui a donné l'idée de cette réunion, je salue le reste de cette petite assemblée. Amandine, Momo, Sacha, Sylvie – elle a une salle tête celle là –, Jérôme, et enfin, un peu en retrait, un petit sourire aux lèvres, comme retenu, Salim. Tu n’as pas changé Salim, toujours aussi sexy. Je ne sais pas trop comment me comporter. Que dois-je faire, lui serrer la main ? Heureusement il vole à mon secours en me prenant affectueusement dans ses bras et en me faisant deux grosses bises, que je trouve très tendres, il me murmure à l'oreille: « Content de te revoir beau gosse ! ». Je prends quelques secondes pour le regarder. Avec son mètre quatre vingt, sa gueule d'ange, sa peau mate, sa petite boucle à l'oreille droite, son piercing à l'arcade sourcilière, c'est vrai qu'il est mignon. Très mignon même. Ce n'est en tout cas pas le cas de Sylvie. Je ne sais pas ce qu'il lui arrive, mais ce n'est pas la grande forme. Si je me souviens bien, elle était toujours très élégante au collège, toujours bien habillée, bien coiffée, bien maquillée, elle prenait beaucoup soin d'elle, quoi. Et là, quel contraste ! Elle semble complètement défaite. Elle est mal coiffée – il est d'ailleurs grand temps qu'elle refasse ses racines –, pas maquillée, elle est habillée comme l'as de pique – un jean informe et dégueulasse avec un sweat-shirt dix fois trop grand pour elle –, et elle tire une gueule !  C'est bien simple, on dirait qu'elle rentre d'un enterrement.

 

– ... hier Olivier.

– Pardon ?

– Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Pourquoi tu n’as pas pu venir hier comme nous tous ?

– Yann ne vous a rien dit ?

– Non, il n'a rien voulu nous dire. On sait juste que tu as eu un empêchement de dernière minute.

– Et bien, en fait, mon avion était surbooké, je n'ai pas pu partir.

– Ton avion ? Tu habites où ?

– Yann, t’aurais pu leur dire. J'habite Montréal, je suis Agent de bord sur Air Canada – Stewart si vous préférez – et comme je ne paye pas l'avion, je ne pars que si le vol n'est pas complet.

– Et est-ce qu'il y a une Madame Valentin restée à Montréal ?

 

La question viens de Momo, mais en croisant certains regards, je comprends que la réponse que je vais donner intéresse certains plus que d'autres.

 

– La réponse est oui, il y a bien une Madame Valentin...

 

Je jette un regard dans la direction de Salim. Il semble interloqué. Ou peut-être déçu. Sabrina elle aussi semble étonnée.

 

– ... à Paris, ma mère, et c'est la seule Madame Valentin, parce que je suis célibataire.

– Toi tu ne perds rien pour attendre.

 

Cela n'a pas l'air de faire rire Salim.

 

– A mon tour de poser des questions. Qui s'est marié ?

– Olive, ce serait plus sympa autour d'un verre à la maison.

– OK, on y go. C'est loin ?

– Un petit quart d'heure à pieds, pas plus.

 

J'ai eu le temps de voir se lever une main timide. Incroyable ! Sabrina est mariée !




A suivre…

Par ivc - Publié dans : Roman - Viol à l'arraché - Communauté : Romans en ligne
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